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la Corse

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Géographie très spéciale, une île par accident

   Mille kilomètres de côtes : le quart du littoral français, mais, à l'exception d'une zone alluvionnaire sur la côte est, le rivage semble une courbe de niveau arbitrairement soulignée par l'écume des vagues au flanc d'une monstrueuse montagne.
   La Corse est d'abord une montagne, par surcroît une montagne différente, une montagne surgie de la mer.
   Sur la presque totalité de son pourtour, mais de façon plus spectaculaire dans le nord-ouest, les falaises et les pics jaillissent des flots bleus jusqu'à 1000 m et davantage. Il n'existe pas de "route de bord de mer", mais une corniche qui court le plus souvent à 300 m d'altitude. A moins de vingt-cinq kilomètres de Calvi à vol d'oiseau, le mont Cinto, point culminant de l'île avec ses 2707 m d'altitude, et les dizaines de pics acérés qui lui font escorte forment un bastion à peine jalonné par des sentiers récemment retracés; cent kilomètres de méchantes routes sont nécessaires pour atteindre en voiture le pied du massif. Ailleurs, dans le sud-est, les baigneurs étendus sur le sable de Solenzara à l'ombre des eucalyptus géants peuvent voir se découper sur le ciel, à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau, les aiguilles de porphyre rouge du cirque de Bavella. Et que serait Porto sans le prodigieux hérissement de falaises et de monts qui enserrent le petit triangle de sable qu'il faut bien appeler plage? Et ainsi dans le Cap, et ainsi pour les golfes d'Ajaccio, de Valinco, et ainsi à Bonifacio...
   Les savants nous apprennent qu'aux premiers temps de notre terre, un continent occupait le centre de ce qui est aujourd'hui la Méditerranée occidentale : ils l'appellent la Tyrrhénide. Ce noyau primaire fut bousculé, pressé, et finalement bascula en partie lors du soulèvement alpin. Retourné comme par un soc de charrue, il n'en subsiste que cette haute crête au profil déchiqueté et ces flèches de granit qui donne son caractère proprement unique au paysage corse. 
   Ce phénomène géologique explique non seulement la beauté étrange des sites, mais aussi les bizarreries du relief. La Corse n'est pas une pyramide culminant au Cinto. Ce n'est pas non plus une arête droite aux versants réguliers sur laquelle viendraient logiquement s'articuler des chaînes secondaires, des épaulements et des prémonts. Une fabuleuse photo prise un jour sans nuage du satellite Landsat, à l'altitude de 910 kilomètres, traitée et imprimée sous forme de poster par l'Institut Géographique National, met en évidence cette particularité géographique.
   Ici le bouleversement est partout. Les vallées aboutissent à des cirques infranchissables. Les torrents se rejoignent après maintes hésitations, au hasard d'une étroite faille ouverte dans des falaises vertigineuses. Des massifs donnent l'impression de structures indépendantes, centrées autour d'un pic majeur:
 - le Cinto 2707m
 - le Rotondo 2625m
 - l'Oro 2391m
 - le Renoso 2367m
 - l'Incudine 2136m
 - le Cagna 1215m
   Ce relief anarchique est aujourd'hui un des éléments originaux du tourisme en Corse. Plus, il a conditionné la vie insulaire au cours des siècles. Chaque vallée est un cul-de-sac sans communication aisée avec ses voisines. Chaque ville est une forteresse incrustée sur un rocher ou dissimulée dans un repli. La montagne toute entière est un refuge, mais aussi un monde fermé, fragmenté, replié, propice à toutes les fermentations et prompt à s'étioler.
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